Après le chaos - Vue sur le monde

Le deux mars dernier, j'ai reçu un mail d'un ami français que j'ai connu au Chili. Dans celui-ci, il nous disait qu'il allait bien, mais surtout, il nous donnait un lien de son blog où il expliquait comment il avait vécu le séisme du 28 février dernier. Je me permets de vous le copier ici pour que vous vous rendiez compte que ce qui s'est passé là bas est tout aussi important que les inondations en Vendée ou bien encore les jeux olympiques d'hiver (vous sentez le ton ironique de mes propos quand je cite les jeux non?).

"D'abord c'est un léger balancement, un bruit sourd qui vous tire de votre sommeil. Un tremblement comme un autre, comme on en ressent régulièrement dans ces contrées. Mais le balancement se transforme en fortes secousses, le grondement s'accentue, menaçant. Pas le temps de réfléchir, pas le temps de comprendre, pas le temps d'emporter quoi que ce soit avec soi. Saut du lit, course vers la porte d'entrée. L'encadrement d'une porte : l'endroit le plus sûr pour se protéger. Instinctivement, on s'accroche bêtement au mur. Pas de quoi rassurer la peur : l'impression de tangage est aussi forte que sur un bâteau de pêche affrontant des vagues de deux mètres.
Pendant que dure le séisme, l'esprit se vide. Impossible de penser. Le fracas de verres qui se brisent, de vitres qui éclatent, les alarmes de voitures, les fondement mêmes de la maison qui craquent et grincent, tout cela couvre le grondement de la Terre. Des éclairs jaillissent : les câbles électriques qui se touchent. Dans ce décor dantesque, on perd la notion du temps. Mais ça parait long, très long : près de 3 minutes de secousses ininterrompues, apprend-on après coup.

Puis c'est le calme plat, le silence atterré d'un peuple qui se réveille KO debout. Quelques secondes seulement. Tout de suite après, c'est la panique. Plongés dans le noir, pieds nus, en pijama dans la nuit froide, les Chiliens s'affolent, crient le nom des enfants égarés, de la grand-mère invalide qui n'a pas pu sortir du bâtiment. Des chiens hurlent à la mort, les sirènes des carabineros et des pompiers retentissent au loin. Certains se ruent à l'intérieur, dans l'espoir de sauver quelques objets précieux, de trouver à tâtons chaussures et manteaux. D'autres n'osent pas s'aventurer et restent au sol, traumatisés, dans la nuit fraiche. Sans électricité, sans eau, sans information, il est plus prudents de se regrouper sur le trottoir et attendre la lumière du jour pour évaluer l'ampleur des dégâts.
Le lever du soleil fait mal aux yeux : les ravages se découvrent enfin. Faute d'électricité, on allume la radio de la voiture. Les méduas parlent d'un tremblement de terre de 8,3 à 8,8 sur l'échelle de Richter, ce qui en ferait l'un d'es cinq plus forts jamais enregistrés. Les répliques, plus ou moins fortes, se multiplient et rendent difficiles les opérations de secours. Autour de chez moi à Quilpué, pas de maison en ruine, pas de gros dégâts apparents. Mais l'intérieur des bâtiments est souvent bien plus touché qu'il n'y parait. La ville de Concepción la plus proche de l'épicentre, est détruite. Les témoignages qui s'accumulent durant la journée, les images qui défilent à la télé (qui fonctionne de nouveau) sont catastrophiques. C'est une zone grande comme un tiers de la France qui est sévèrement touchée.

En plus du séisme, les villages de la côte centrale ont subi un tsunami ravageur, qui a probablement fait plus de victimes que le tremblement de terre lui-même. Dimanche soir, on estime que 500.000 habitations sont sérieusement dégradées ou totalement détruites. Plus de 700 personnes sont mortes, et le chiffre risque d'augmenter substantiellement : les secours n'ont pas encore pu parvenir à de nombreuses zones isolées, au sujet desquelles ne parvient aucune information. On ne compte pas les disparus ni les blessés.
Le premier choc passé, les secours s'organisent mais ne peuvent éviter l'anarchie : dans les villes les plus touchées, coupées du monde, c'est la panique totale et les courses aux aliments de base. Les foules se ruent sur les supermarchés, forcent les grilles et ramassent ce qu'elles peuvent, de peur de manquer. Dans les petites commune peu achalandées, des commerçants peu scrupuleux doublent, triplent ou quadruplent le prix du lait, de l'eau ou du pain. Les stations d'essence sont prises d'assaut. La peur de manquer se répand, irrationnelle, jusqu'à Santiago où il n'y a aucun risque de pénurie. Dans la capitale ou à Viña del Mar, pourtant moins touchées, de nombreux opportunistes profitent de la panique et des coupures d'électricité pour dévaliser les magasins. Aliments, vêtements, mais aussi frigos et télés sont enlevés sans vergogne. Les policiers, mobilisés dans tout le pays, ont du mal à réaliser les opérations de secours tout en se préoccupant des voleurs.

Devant l'ampleur des dégâts, le gouvernement chilien décrète l'état d'urgence dans les deux régions les plus touchées, avec couvre-feu et plein-pouvoirs aux militaires pour maintenir l'ordre et assurer les opérations d'aide et de secours. Sebastion Piñera, le futur président de la République qui entrera en fonction le 11 mars, appelle le secteur privé à venir en aide à l'Etat. Selon les premières estimations, le séisme et le tsunami qui a suivi auraient causé 30 milliards de dollars de dommages. C'est 15% du produit intérieur brut du pays, rien que ça.
La situation est dramatique, mais les Chiliens relativisent : Haïti est dans toutes les têtes. Le séisme qui a touché Port-au-Prince était beaucoup moins fort mais a causé beaucoup plus de dégâts et de victimes. C'est que le Chili est nettement mieux préparé. Les constructions anti-sismiques sont monnaie courante ici : tout nouveau bulding doit obéir à des règles d'urbanisme strictes (pas toujours respectées, cela dit). Et l'on ne compte pas les nombreuses maisons en bois, très flexibles. Par ailleurs, les Chiliens sont habitués aux secousses telluriques et savent comment réagir face à ces situations. Mais ça n'empêche pas les situations de panique.

Ici, avec mes quelques verres cassés, je ne sens chanceux. Je dois me passer d'Internet, c'est tout. J'aurais presque honte de moi : j'ai apprécié la sensation de la terre qui bouge sous mes pieds, cette sensation d'ête insignifiant et impuissan. Ca fait réfléchir, sur ce qui compte vraiment dans notre existence, sur la vanité humaine, aussi. Mais quand je vois les conséquences, je me dis que l'heure n'est pas à philosopher sur le sens de la vie. Pas encore..."
N'hésitez pas à consulter souvent Vue sur le monde pour savoir comment va la situation...

"D'abord c'est un léger balancement, un bruit sourd qui vous tire de votre sommeil. Un tremblement comme un autre, comme on en ressent régulièrement dans ces contrées. Mais le balancement se transforme en fortes secousses, le grondement s'accentue, menaçant. Pas le temps de réfléchir, pas le temps de comprendre, pas le temps d'emporter quoi que ce soit avec soi. Saut du lit, course vers la porte d'entrée. L'encadrement d'une porte : l'endroit le plus sûr pour se protéger. Instinctivement, on s'accroche bêtement au mur. Pas de quoi rassurer la peur : l'impression de tangage est aussi forte que sur un bâteau de pêche affrontant des vagues de deux mètres.
Pendant que dure le séisme, l'esprit se vide. Impossible de penser. Le fracas de verres qui se brisent, de vitres qui éclatent, les alarmes de voitures, les fondement mêmes de la maison qui craquent et grincent, tout cela couvre le grondement de la Terre. Des éclairs jaillissent : les câbles électriques qui se touchent. Dans ce décor dantesque, on perd la notion du temps. Mais ça parait long, très long : près de 3 minutes de secousses ininterrompues, apprend-on après coup.

Puis c'est le calme plat, le silence atterré d'un peuple qui se réveille KO debout. Quelques secondes seulement. Tout de suite après, c'est la panique. Plongés dans le noir, pieds nus, en pijama dans la nuit froide, les Chiliens s'affolent, crient le nom des enfants égarés, de la grand-mère invalide qui n'a pas pu sortir du bâtiment. Des chiens hurlent à la mort, les sirènes des carabineros et des pompiers retentissent au loin. Certains se ruent à l'intérieur, dans l'espoir de sauver quelques objets précieux, de trouver à tâtons chaussures et manteaux. D'autres n'osent pas s'aventurer et restent au sol, traumatisés, dans la nuit fraiche. Sans électricité, sans eau, sans information, il est plus prudents de se regrouper sur le trottoir et attendre la lumière du jour pour évaluer l'ampleur des dégâts.
Le lever du soleil fait mal aux yeux : les ravages se découvrent enfin. Faute d'électricité, on allume la radio de la voiture. Les méduas parlent d'un tremblement de terre de 8,3 à 8,8 sur l'échelle de Richter, ce qui en ferait l'un d'es cinq plus forts jamais enregistrés. Les répliques, plus ou moins fortes, se multiplient et rendent difficiles les opérations de secours. Autour de chez moi à Quilpué, pas de maison en ruine, pas de gros dégâts apparents. Mais l'intérieur des bâtiments est souvent bien plus touché qu'il n'y parait. La ville de Concepción la plus proche de l'épicentre, est détruite. Les témoignages qui s'accumulent durant la journée, les images qui défilent à la télé (qui fonctionne de nouveau) sont catastrophiques. C'est une zone grande comme un tiers de la France qui est sévèrement touchée.

En plus du séisme, les villages de la côte centrale ont subi un tsunami ravageur, qui a probablement fait plus de victimes que le tremblement de terre lui-même. Dimanche soir, on estime que 500.000 habitations sont sérieusement dégradées ou totalement détruites. Plus de 700 personnes sont mortes, et le chiffre risque d'augmenter substantiellement : les secours n'ont pas encore pu parvenir à de nombreuses zones isolées, au sujet desquelles ne parvient aucune information. On ne compte pas les disparus ni les blessés.
Le premier choc passé, les secours s'organisent mais ne peuvent éviter l'anarchie : dans les villes les plus touchées, coupées du monde, c'est la panique totale et les courses aux aliments de base. Les foules se ruent sur les supermarchés, forcent les grilles et ramassent ce qu'elles peuvent, de peur de manquer. Dans les petites commune peu achalandées, des commerçants peu scrupuleux doublent, triplent ou quadruplent le prix du lait, de l'eau ou du pain. Les stations d'essence sont prises d'assaut. La peur de manquer se répand, irrationnelle, jusqu'à Santiago où il n'y a aucun risque de pénurie. Dans la capitale ou à Viña del Mar, pourtant moins touchées, de nombreux opportunistes profitent de la panique et des coupures d'électricité pour dévaliser les magasins. Aliments, vêtements, mais aussi frigos et télés sont enlevés sans vergogne. Les policiers, mobilisés dans tout le pays, ont du mal à réaliser les opérations de secours tout en se préoccupant des voleurs.

Devant l'ampleur des dégâts, le gouvernement chilien décrète l'état d'urgence dans les deux régions les plus touchées, avec couvre-feu et plein-pouvoirs aux militaires pour maintenir l'ordre et assurer les opérations d'aide et de secours. Sebastion Piñera, le futur président de la République qui entrera en fonction le 11 mars, appelle le secteur privé à venir en aide à l'Etat. Selon les premières estimations, le séisme et le tsunami qui a suivi auraient causé 30 milliards de dollars de dommages. C'est 15% du produit intérieur brut du pays, rien que ça.
La situation est dramatique, mais les Chiliens relativisent : Haïti est dans toutes les têtes. Le séisme qui a touché Port-au-Prince était beaucoup moins fort mais a causé beaucoup plus de dégâts et de victimes. C'est que le Chili est nettement mieux préparé. Les constructions anti-sismiques sont monnaie courante ici : tout nouveau bulding doit obéir à des règles d'urbanisme strictes (pas toujours respectées, cela dit). Et l'on ne compte pas les nombreuses maisons en bois, très flexibles. Par ailleurs, les Chiliens sont habitués aux secousses telluriques et savent comment réagir face à ces situations. Mais ça n'empêche pas les situations de panique.

Ici, avec mes quelques verres cassés, je ne sens chanceux. Je dois me passer d'Internet, c'est tout. J'aurais presque honte de moi : j'ai apprécié la sensation de la terre qui bouge sous mes pieds, cette sensation d'ête insignifiant et impuissan. Ca fait réfléchir, sur ce qui compte vraiment dans notre existence, sur la vanité humaine, aussi. Mais quand je vois les conséquences, je me dis que l'heure n'est pas à philosopher sur le sens de la vie. Pas encore..."
N'hésitez pas à consulter souvent Vue sur le monde pour savoir comment va la situation...

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